Le 6 juin 2026, PASTEF-Les Patriotes a tenu à Diamniadio son premier Congrès ordinaire. L’événement a d’abord été une démonstration de force organisationnelle : délégués venus des 553 communes du Sénégal et des 45 sections de la diaspora, des invités nationaux ainsi que de nombreuses délégations étrangères ont participé aux travaux. Cette mobilisation a donné au Congrès une dimension nationale, mais aussi panafricaine et internationale. Ousmane Sonko y a été réélu, à l’unanimité des participants au scrutin, à la présidence du parti ; signe d’une volonté de continuité politique et de cohésion autour du Projet. 

Passer de la victoire à la transformation

Dans son discours, le Président Ousmane Sonko a donné une signification politique à cette mobilisation. Les victoires électorales de 2024, affirme-t-il, ne constituent pas un aboutissement, mais l’ouverture d’une nouvelle étape : le passage du « mouvement de rupture » au « parti de transformation historique ». Son avertissement est central : un peuple peut conquérir le pouvoir sans parvenir à transformer l’État, et une révolution peut être progressivement absorbée si elle ne dispose ni d’une doctrine claire ni d’une organisation capable d’inscrire le changement dans la durée. 

Il a défini la matrice idéologique de PASTEF-Les Patriotes comme un « panafricanisme souverainiste de transformation démocratique », dans la filiation de Cheikh Anta Diop, Mamadou Dia, Amílcar Cabral, Thomas Sankara et Kwame Nkrumah. Il récuse aussi bien « le réformisme tiède » qui administre les dépendances que le volontarisme autoritaire qui prétend transformer la société en éloignant le peuple des décisions. La voie revendiquée est celle d’une révolution démocratique, populaire et souveraine. 

Mais le discours contient également un avertissement adressé au parti lui-même : PASTEF-Les Patriotes ne doit devenir ni une simple machine électorale ni une nouvelle élite de remplacement. Il doit rester enraciné dans la société, former et organiser le peuple et maintenir le lien entre celui-ci et l’État. Le Président Ousmane Sonko résume cette fonction par une formule : « le parti doit être le levain de la révolution ». 

Organiser la souveraineté

C’est précisément cette conception que systématise le Texte d’orientation politique adopté par le Congrès. Il ne se présente pas comme un nouveau programme électoral, mais comme une orientation stratégique : après la victoire historique de 2024 et la conquête d’une majorité parlementaire, l’enjeu est désormais d’organiser les forces politiques et populaires capables de poursuivre la transformation, de préserver son cap et de l’inscrire dans la durée. Le texte articule quatre principes : souveraineté populaire, justice sociale, panafricanisme et transformation démocratique. Il récuse à la fois les structures de dépendance néocoloniale, les logiques néolibérales et les impasses autoritaires. 

L’un de ses concepts essentiels est celui de Bloc populaire. Jeunes, travailleurs, paysans, pêcheurs, artisans, femmes, acteurs de l’économie populaire, entrepreneurs patriotes, diaspora et intellectuels doivent être organisés pour transformer une majorité électorale et sociologique en force historique durable. Le parti se donne précisément pour mission de structurer, former et orienter cette puissance sociale, gage de réussite de cette révolution démocratique, populaire, souveraine, panafricaniste dans un monde de solidarité.

Dr Félix Atchadé